Glacier François Joseph

Nous voici déjà à nouveau sur la route. Il fait beau ce matin. On continue notre descente le long de la côte ouest. L’idée est de rejoindre la région des fjords dans l’extrême sud de l’île. Mais avant d’y arriver, direction les sommets….

Les Maoris connaissaient ce glacier sous le nom de « Ka Roimata o Hine Hukatere » ou « Les larmes de Hine Hukatere ». La légende locale raconte qu’Hine aimait escalader les montagnes. Son fiancé l’accompagnait à l’occasion et un jour, alors qu’ils escaladaient ensemble, il fut emporté par une avalanche. Hine ne cessa de pleurer et ses larmes ruisselèrent entre les montagnes et gelèrent, donnant naissance au glacier. C’est cependant l’explorateur Julius von Haast qui lui donna son nom actuel en 1865, en hommage à l’empereur d’Autriche.

Nous qui nous attendions à une station de ski, surprise à notre arrivée, le village est à 300 mètres d’altitude seulement et situé à 20km à peine de la mer de Tasman. En arrière plan, des sommets enneigés.

Alors pourquoi ce nom??? Et bien au début du 18ème siècle, le glacier venait jusqu’aux pieds du village. Depuis, il a connu différentes phases de retrait et se trouve actuellement dans une phase de fonte rapide attribuée au réchauffement climatique. La région est très pluvieuse et pour se rapprocher du glacier, on traverse de la forêt tropicale avant de s’arrêter sur un promontoire ouvrant sur un impressionnant lit de rivière de cailloux et de moraine. Le glacier n’est accessible qu’en hélicoptère et avec les équipement de sécurité, les fontes le rendant assez instable à certains endroits. Des randonnées « classées difficiles » sont possibles pour s’en approcher; peut-être une autre fois avec un entraînement adéquat…. Par contre, d’autres marches plus accessibles nous emmèneront au bord d’un lac ou d’un ancien tunnel de mine.

Mais pour nous, le clou de cet endroit a été ceci :

La rencontre avec des « kotuku » ou hérons blancs sur leur site de nidification à Whataroa. Ces oiseaux blancs majestueux avaient pratiquement disparus de NZ suite à leur chasse pour leurs plumes (pour les chapeaux de dames entre autre). Il n’en restait que 4 nids il y a une quarantaine d’années. Il est encore présent au Japon et dans quelques autres pays, ce qui fait que l’espèce n’était pas « en péril » et que les efforts pour sa conservation n’ont commencé qu’assez tard.

Après une demi-heure de camionnette à travers des fermes (en ouvrant et fermant des barrières cadenassées), nous arrivons à une forêt tropicale. Un quart d’heure de marche sous les arbres, les mousses et les fougères et nous arrivons à une cabane de d’observation qui fait face à une rivière serpentant doucement. Et là, et là…. Nous en avons le souffle coupé! En face de nous, à une trentaine de mètres, nous découvrons une ligne d’arbres ponctuée de points blancs et noirs. Ce ne sont pas moins de 44 nids de hérons avec leurs petits de 6 semaines et quelques dizaines de nids de cormorans noirs qui nous font face. Une fois par an au printemps, les hérons blancs se retrouvent dans ce lieu isolé au bord de la rivière. Ils abandonnent leur mode de vie solitaire pour créer un « village » où ensemble ils élèveront leurs petits; une manière de se protéger les uns, les autres. C’est aussi l’occasion pour eux de revêtir leur plumage nuptial; de longues plumes dentelées et aériennes poussent sur leur dos, la couleur de leur bec passe du jaune au noir et autour des yeux une couleur bleu turquoise.

Nous restons près de 30 minutes à les observer nourrir leur petits, aller et venir de la chasse, passer de branches en branches. C’est féérique, magique et très émouvant. C’est probablement un des plus beaux spectacles naturels qu’il nous a été donné de voir. Les adjectifs nous manquent, les minutes passent trop vite et il est temps de les laisser seuls élever et nourrir leurs petits qui seront déjà prêts à voler à l‘âge de 12 semaines.

Voir un « Kotuku » est symbole de chance pour les Maoris; que dire d’en voir 150…. Que la lecture de cet article vous porte chance à vous aussi 🍀

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